La bringue

1833

Une série d’objets anciens éclairant d’un jour nouveau l’esprit d’invention d’Antoine LeCoultre viennent de rejoindre la collection du Patrimoine. Parmi eux, une machine extraordinaire à polir les pignons, conçue par le fondateur de Jaeger-LeCoultre et qui lui permit de voler de ses propres ailes.

Antoine LeCoultre est actif dans l’industrie des pignons dès la fin des années 1820. Les pignons sont alors traditionnellement fabriqués à la lime à efflanquer par différents fabricants de la Vallée de Joux. Antoine entreprend un autre mode de fabrication et crée un premier outil à ébaucher les pignons, puis un autre servant à les fendre. Pour le polissage, il développe une machine à pied, dénommée « la Bringue » par sa femme Zélie, probablement en raison de la rengaine que faisait entendre le mécanisme dans la maison familiale.

La Bringue est un établi conçu vers 1833, équipé d’une petite machine en acier et laiton permettant le polissage des ailes de pignon. La machine se compose d’un châssis sur lequel coulisse un chariot mû par un levier à main. Le pignon à polir est fixé entre pointes sur le chariot. Une meule en sapin du Risoud est actionnée par une pédale reliée à une grande roue par une corde à boyau. Le polissage des ailes se réalise par le déplacement du chariot supportant le pignon sous la meule en rotation.

L’existence de cet outillage entièrement imaginé par Antoine LeCoultre lui permet de créer une industrie nouvelle de pignons rendus célèbres par leur forme, leur poli et leur dureté. A l’âge de 30 ans, Antoine quitte le giron familial et fonde le premier atelier horloger de ce qui allait devenir la Manufacture Jaeger-LeCoultre. Son frère Ulysse le rejoint pour un temps avant que la destinée des deux frères ne les sépare. Le second persévère dans la fabrication des pignons, alors qu’Antoine privilégie la création de mouvements complets.